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Never let me go...

Avez-vous déjà entendu parler de Kazuo Ishiguro, le Prix Nobel de littérature 2017 ? Si ce n'est pas encore le cas, ne perdez plus une minute parce que pour une fois que le Prix Nobel est décerné à un auteur de romans dits de l'imaginaire, il ne faudrait pas manquer ça !


Parce que oui, les œuvres de Kazuo Ishiguro flirtent avec les genres de l'imaginaire, que ce soit la science-fiction ou la fantasy (comme c'est le cas de The Burried Giant par exemple). J'ai découvert l'auteur à travers ce dernier roman qui m'avait déjà beaucoup impressionnée à l'époque par son originalité. The Burried Giant était un ouvrage complexe, au style travaillé et à l'histoire énigmatique que la lecture en VO avait accentué considérablement pour moi. Et je me rappelle que cette complexité, ajoutée à la richesse de l'univers dépeint par Kazuo Ishiguro m'avait littéralement transportée !

Ce n'est pas cette complexité d'un univers de fantasy que j'ai pu retrouver dans Auprès de moi toujours, dont le titre original Never let me go est tiré d'une chanson de Judy Bridgewater qui va apporter au roman un aspect dans un premier temps énigmatique avant de prendre une connotation nettement dramatique au fur et à mesure que l'on fait le lien entre la chanson et la réalité qui pèse sur la jeune narratrice. C'était tout autre chose, et pour autant, j'ai tout autant été transportée ! 


Auprès de moi toujours pourrait être qualifié de roman d'anticipation et pourtant, rien ne semble le présager quand on entre dans cet univers. A travers un récit à la première personne, on est transporté dans un petit pensionnat perdu au beau milieu de la campagne anglaise, dans les années 1990. Hailsham. C'est là-bas que Kath, la narratrice de ce roman, grandit aux côtés de Ruth et de Tommy, ses deux amis les plus proches. Tout est beau à Hailsham et les professeurs qui y exercent veillent à ce que chaque élève grandisse dans un milieu sécurisé, entouré d'amour et de douceur. Mais là où l'on retrouve l'art de Kazuo Ishiguro dans toute sa splendeur, c'est quand le lecteur comprend qu'un mystère plane sur ce lieu idyllique. 


Le récit nous est conté par Kath, une jeune femme qui essaie de comprendre son passé. Elle revient sur les événements qui se sont déroulés à Hailsham, sur la manière dont elle les percevait à l'époque et sur la réalité qu'ils recouvraient véritablement alors qu'elle n'en avait pas encore la moindre idée et tout ça, sans jamais nous expliquer clairement quel était le mystère qui enveloppait toutes cet univers. Et c'est à cela que l'on reconnaît un chef-d'oeuvre ! La construction du roman est travaillée à tel point que les indices affleurent ici et là, chatouillent notre esprit et puis s'éloignent ou alors se fixent quelque part dans notre mémoire, un peu comme une pièce de puzzle que l'on mettrait de côté parce que l'on sent qu'elle a une importance toute particulière et qu'elle va permettre de débloquer une partie de la construction d'ensemble, en attendant de trouver un thème, une couleur, une ligne, une forme peut-être similaire à celle de cette pièce et qui indiquerait qu'il s'agit de sa jumelle et qu'elles peuvent s'enclencher pour former un nouveau morceau dans le puzzle de la révélation finale. Car oui, la révélation est longue à venir et ce suspens qui s'installe au fur et à mesure que l'on tourne les pages est un pur délice ! Impossible de lâcher le roman, l'écriture est tellement fluide que Kazuo Ishiguro nous entraîne avec lui jusqu'à la toute fin du roman, à ce moment où tout bascule...


Et si nous sommes si réceptifs à ce jeu d'enquête, c'est aussi parce que le personnage de Kath est extrêmement attachant. Sa manière de se confier à nous, les détails qu'elle nous révèle au fur et à mesure sur celle qu'elle était quand elle était enfant ne tardent pas à nous toucher et à faire de ce personnage d'une douceur extraordinaire, une amie. Oui, une amie, c'est l'impression que j'ai eue à la lecture de cet ouvrage et c'est l'impression qui me reste au fond du cœur dans que je pense à Kath. 

Tommy et Ruth ont également leur personnalité, à la fois riche et complexe, et l'un et l'autre ne peuvent que nous marquer eux aussi profondément. Tous les personnages, de manière générale, sont d'une profondeur remarquable et c'est un des éléments qui fait que l'on adhère à cette histoire qui est avant tout une belle histoire d'amitié avec tout ce que ce sentiment compte de complexité. Car l'amitié peut être quelque chose de puissant, de fondateur comme de destructeur et c'est cela que Kazuo Ishiguro va tenter de représenter.


Mais ce n'est pas seulement une réflexion sur l'amitié que présente ce roman, c'est aussi et surtout une réflexion sur le passage à l'âge adulte. A travers ce contexte d'anticipation, c'est la perte de l'innocence si précieuse de l'enfance qui transparaît. Le regard d'adulte que porte Kath sur cette innocence si fragile - et pour cette raison si sacrée - qui caractérise sa vie heureuse à Hailsham nous renvoie immanquablement aux souvenirs joyeux de notre propre enfance. Et après une analyse sur l'âge d'or de l'enfance, vient une analyse de cette étape si compliquée qu'est l'adolescence et de ses bouleversements jusqu'à la désillusion de l'âge adulte... Et ce douloureux constat de ce que représente le passage à la vie d'adulte ne manque pas de faire naître en nous un sentiment de nostalgie à la fois triste et précieux.


Il est difficile de parler de ce livre sans révéler le secret qui en est au cœur et sans gâcher par la même occasion tout le plaisir de la découverte qui est un élément essentiel du roman. C'est pourquoi je me contenterai de vous dire que ce roman m'a littéralement bouleversée, sans vous en expliquer les raisons. Et j'espère sincèrement que cette simple remarque suffira à vous convaincre de lire ce chef-d'oeuvre !


Lyra

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