Quand j'ai ouvert Sur la lecture de Marcel Proust, je pensais lire un essai mais je me suis immédiatement retrouvée projetée dans l'univers de La Recherche, dans ce monde si particulier et si riche qu'est l'univers de Proust. J'y ai retrouvé ses mots, ses couleurs, ses sensations et c'était tellement agréable de replonger au cœur de son monde que je me suis laissée happer tout doucement par la magie de son écriture.
Il n'y a peut-être pas de jour de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré.
Ainsi débute l'essai... Il commence par le récit de son enfance (tellement évident, tellement proustien) et ses mots ont de suite trouvé leur écho en moi. Je revoyais, moi aussi, ces moments de délice où, enfant, je me livrais à la lecture et certains souvenirs en particulier se sont imposés à moi. Parce qu'en effet, moi aussi, quand je pense à la lecture, les premières images qui me viennent à l'esprit ont la douceur des souvenirs de l'enfance. C'est le dilemme chaque jour répété pendant les vacances et les week-ends entre le choix de se lever tard ou de se lever tôt afin d'avoir le temps de lire avant l'appel de mes parents annonçant l'heure du petit-déjeuner ; c'est aussi les lectures faites sur la terrasse de la maison de mes parents, à l'ombre du soleil, alors que les cigales chantaient en plein été et les oiseaux au beau milieu du printemps ; c'est les lectures sur la plage, assise sur le sable chaud, bercée par le murmure des vagues qui venaient mourir à mes pieds ; c'est les lectures nocturnes, faites à la faveur de la nuit, en cachette, une fois que tout le monde était couché, et qui me donnaient cette impression délicieuse d'être toute-puissante, une des seules encore éveillée au cœur de la nuit, à vivre pleinement quand tous les autres dormaient paisiblement, cette impression de puissance qui grandissait en moi à la simple idée que la nuit était infinie, que je dominais le temps, que je jouais avec, le tenant à ma merci et que la nuit n'aurait jamais de fin, cette impression d'éternité en somme que je n'ai jamais ressentie ailleurs que dans ces moments volés à l'obscurité de la nuit.
Et puis, c'est le souvenir propre à certaines lectures. Les Royaumes du Nord que je découvrais pour la première fois au cœur de l'hiver, en région parisienne, chez mes grands-parents paternels, dans leur belle petite maison d'époque aux murs recouverts de vieux papier peint, bien calée au fond d'un fauteuil, devant la cheminée alors qu'un bon feu crépitait à l'intérieur et qu'une aura chaleureuse s'en dégageait, réchauffant mes petites jambes d'enfant. La Tour des anges, dans la voiture juste après l'avoir acheté, incapable d'attendre plus longtemps de lire la suite des Royaumes du Nord quitte à me rendre malade, ce qui est d'ailleurs arrivé. Chaque tome d'Harry Potter lu chez moi et cette sensation terrible après avoir tourné la dernière page... Ce retour brusque à la réalité, me laissant seule avec un vide énorme au creux de l'estomac, un vide qui provoquait en moi une sensation terrible comparable à celle de l'ennui, sentiment éveillé par le terrible constat que je ne pourrais jamais aller à Poudlard, que ce monde m'était fermé à jamais et que pourtant, j'aurais tout donné pour m'y rendre... Ce roman de L'Ecole des loisirs qui proposait l'autobiographie d'une femme du XXe siècle dont j'ai tout oublié maintenant, que je dévorais assise sur une chaise en plastique, sur la terrasse du jardin, en plein été, laissant l'extérieur de la maison se mêler aux mots sur les pages que je parcourais des yeux, ces pages qui se retrouvaient colorées de doré tandis que les rayons du soleil déposaient leur magie sur le grain pur de la feuille de papier.
Tous ces souvenirs de lecture ont resurgi en moi alors que je lisais ces premières pages de Sur la lecture. Les mots de Proust m'ont ramenée à ma propre enfance, à ma propre expérience de lectrice et il n'y avait pas, selon moi, de meilleur moyen d'entamer un essai sur la lecture : renvoyer son lecteur à sa propre expérience pour le rendre mieux à même d'apprécier les réflexions sur celle-ci qui suivront.
Car oui, l'essai, aussi romanesque qu'il ait pu commencer, a très vite changé de tonalité pour prendre un aspect plus solennel malgré quelques digressions ici et là auxquelles on ne pourra jamais empêcher Proust de se livrer (et heureusement !). Et tout de suite, les idées qui sont apparues dans cet essai très court m'ont semblé justes, essentielles, et étonnantes. Proust y considère la lecture comme une amitié, il la compare à la peinture pour nous expliquer en quoi elle a à voir avec la vérité. La lecture, c'est aussi pour Proust une sorte de traitement qui permet de guérir nos blessures les plus profondes, et notamment nos blessures psychologiques. Toutes ces idées m'ont paru très intéressantes et se sont ajoutées à ma propre conception de la lecture.
Si vous aussi, vous avez envie de réfléchir un peu à ce que la lecture nous apporte chaque jour, n'hésitez pas à aller feuilleter ce très court essai où l'on retrouve tout le plaisir que procure le style de Proust !
Lyra





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